Dossier thématique Winckelmann

Exposition dossier du 22 au 30 novembre 2018 à la bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art

Winckelmann et l’histoire de l’art antique
> Winckelmann et la tradition antiquaire
> Rome antique et moderne au XVIIIe siècle
> La vie de Winckelmann
> L’Histoire de l'art antique et sa diffusion en France
> Les autres oeuvres de Winckelmann

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A propos


Document n°16 - Johann Joachim Winckelmann (1717-1768)

Histoire de l’Art de l’Antiquité par M. Winkelmann traduite de l’allemand par M. Huber

Leipzig, chez l’auteur et chez Jean Gottl. Imman. Breitkopf, 1781

Bibliothèque de l’INHA, cote 4 Res 446 (1-3)

Branching

3 tomes en 1 volume in-4° (25 x 20 cm) Reliure de veau fauve avec encadrements dorés, dos orné à six nerfs cloisonné de filets dorés, titre.


Dédiée « à Son Altesse Léopold-Frédéric François prince d’Anhalt-Dessau », qui avait connu Winckelmann à Rome, et préfacée par le traducteur, cette seconde traduction française de la première édition de la Geschichte der Kunst des Alterthums de Winckelmann est l’œuvre de Michael Huber (1727-1804).

Winckelmann lui-même avait souhaité qu’une nouvelle traduction française de son livre prenant en compte les mises à jour qu’il était en train de rédiger vît le jour. Sur les conseils de son ami berlinois Heinrich Wilhelm Muzell von Stosch (1723-1782), le neveu du baron Philipp von Stosch, il l’avait personnellement confiée, dans les premiers mois de l’année 1768, au Parisien François-Vincent Toussaint (1715-1772), l’auteur de Les Mœurs (1748). Ce dernier avait en effet trouvé un emploi à Berlin, où, à la demande du roi Frédéric II, il enseignait aux cadets de l’Académie des nobles la logique, la rhétorique et l’histoire des beaux-arts. Mais Winckelmann ayant été assassiné à Trieste le 8 juin 1768, la traduction de Toussaint, inachevée, ne vit jamais le jour. Son manuscrit a été retrouvé récemment à Milan. La cour de Vienne l’avait en effet envoyé dans la capitale lombarde pour qu’il pût servir de base à la première traduction italienne de la Geschichte, publiée par Carlo Amoretti en 1779.

Bavarois « venu à Paris pour faire fortune » (Espagne 1991, p. 105), Michael Huber devint l’un des plus importants traducteurs de littérature allemande du XVIIIe siècle. En 1764, il s’était installé à Leipzig, où il enseigna le français à l’université. À Paris, il avait appris l’allemand au baron Turgot (1727-1781) et, à Leipzig, il devint une sorte d’agent littéraire. Sa traduction du chef-d’œuvre de Winckelmann - une traduction collationnée sur le texte de la seconde édition allemande de la Geschichte parue à titre posthume à Vienne en 1776 - fut publiée avec l’aide de 200 souscripteurs parmi lesquels on retiendra, outre le prince d’Anhalt-Dessau, Catherine la Grande, le roi de Danemark, le prince électeur de Saxe, le prince de Weimar, le duc de Gloucester et le chancelier Wentzel Anton Kaunitz-Rietberg (1711-1794), auquel avait été dédiée l’édition viennoise de 1776. Elle est enrichie d’un long « Mémoire pour servir à l’histoire de la vie et des ouvrages de Winkelmann » rédigé par Huber lui-même (t. I, p. XXXVII-CL). De nouvelles images dessinées par Adam Friedrich Œser (1717-1799), le vieil ami de l’antiquaire devenu directeur de l’académie de Leipzig et ami de Michael Huber, agrémentent le frontispice du tome I et les pages de titre des tomes I et II. Dans une lettre de la fin des années 1770 à Johann Georg Wille (1725-1805) décrivant l’avancement de son projet, Huber annonçait en effet que, aidé par Œser, il programmait « des gravures plus analogues aux différents styles des différentes nations » (lettre citée par Espagne 1991, p. 106). Ainsi, des putti fabriquant des vases de formes variées et décorant un grand canope illustrent le premier tome, qui contient les chapitres sur l’art égyptien et étrusque, tandis que, dans la vignette du deuxième, un jeune homme apprend à dessiner devant des plâtres de l’Apollon du Belvédère, du Gaulois mourant du Capitole et d’un Hercule assis qui semble avoir été dessiné en tenant compte des considérations de Winckelmann sur le Torse du Belvédère (Winckelmann 2005, p. 527). Deux maîtres, dont un lui prodigue des conseils, se tiennent près du dessinateur. Dans le frontispice du tome I, Œser a représenté le mausolée de Winckelmann, devant lequel est accoudée une Parque qui vient de couper le fil de sa vie. Aux pieds du monument se trouvent, renversés, le Torse du Belvédère et la tête de l’Apollon du Belvédère ainsi qu’un livre fermé sur lequel est posée une branche de laurier. Des « tables des monuments antiques expliqués et cités dans cet ouvrage, par lieux et par genres » (p. 335-360) précèdent la liste des souscripteurs.

DG

Biblio. : Espagne 1991, p. 105-106 ; Griener 1998 ; Ferrari 2011, p. 37-54.